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Le partenariat France-EAU : puissance, argent et diplomatie

Défense, commerce, IA, sécurité alimentaire et diplomatie culturelle : comment le partenariat France-EAU dessine un nouveau modèle de puissance.

Emmanuel Macron et le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane
Emmanuel Macron et le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane

Les relations entre la France et les Émirats arabes unis reposent sur une architecture stratégique bien trop stratifiée pour être lue à travers le seul volume des échanges ou les seuls contrats de défense. Ce partenariat est une relation de puissance de nouvelle génération, où s’entremêlent industrie de défense, accès militaire, intelligence artificielle, investissement, sécurité agroalimentaire, diplomatie culturelle et éducation. Pour la France, les Émirats arabes unis représentent une présence militaire dans le Golfe, un marché d’exportation à haute valeur ajoutée, un partenaire d’investissement et un espace d’influence culturelle ; pour les Émirats arabes unis, la France est un partenaire de premier plan pour diversifier leur sécurité, accéder aux technologies de défense, ouvrir un canal diplomatique vers l’Europe et produire du prestige à l’échelle mondiale. La relation franco-émirienne doit donc être considérée moins comme un partenariat bilatéral classique entre deux pays que comme un modèle géopolitique remarquable de la manière dont l’économie, la sécurité, la technologie et le soft power fonctionnent ensemble au XXIe siècle.

La France et les Émirats arabes unis

Considérer la relation entre la France et les Émirats arabes unis comme un simple « commerce entre deux pays » reviendrait à sous-estimer la véritable profondeur géopolitique de ce partenariat. Car le rapprochement entre Paris et Abou Dhabi est, au-delà des chiffres, une relation multidimensionnelle qui reflète l’architecture changeante de la puissance au XXIe siècle.

D’un côté, la France, l’une des puissances historiques de l’Europe, dotée de capacités militaires, diplomatiques et culturelles ; de l’autre, les Émirats arabes unis, qui s’efforcent de convertir leurs revenus pétroliers en technologie, en défense, en investissements financiers, en prestige culturel et en visibilité mondiale. À première vue, il peut sembler qu’aucune affinité naturelle n’existe entre ces deux acteurs. La France est une puissance centrée sur l’Europe ; les EAU sont l’un des pôles émergents de la finance, de l’énergie, de la logistique et de la technologie dans le Golfe. Mais en géopolitique, la proximité géographique n’est pas toujours le facteur déterminant. La vraie question est de savoir en quels points les besoins stratégiques des deux acteurs se complètent.

Aujourd’hui, le partenariat franco-émirien prend tout son sens précisément sur ce terrain de la complémentarité. La France souhaite approfondir sa présence militaire, son influence économique et son rayonnement culturel dans le Golfe. Les EAU, de leur côté, cherchent à diversifier leurs partenaires en matière de sécurité plutôt que de dépendre uniquement des États-Unis, à établir des canaux diplomatiques plus solides avec l’Europe, à accéder aux technologies de défense et à se positionner comme un hub mondial.

Sous cet angle, la relation franco-émirienne n’est pas un simple rapprochement commercial. C’est une architecture de puissance à plusieurs strates, façonnée par l’industrie de défense, les bases militaires, les investissements dans l’intelligence artificielle, la sécurité alimentaire, les institutions culturelles, les réseaux éducatifs et les partenariats financiers. Ce partenariat montre que le Golfe occupe désormais une place dans le système mondial non seulement par ses ressources énergétiques, mais aussi par sa production de technologie, de capital, de sécurité et de prestige.

Le commerce

La dimension la plus visible de la relation économique entre la France et les EAU est le commerce. Selon les données de la Direction générale du Trésor, les échanges de biens entre les deux pays sont passés de 7,4 milliards d’euros en 2023 à 8,5 milliards d’euros en 2024, puis à 10,8 milliards d’euros en 2025. Cette progression montre que les liens économiques entre les deux pays ne relèvent pas d’un rapprochement conjoncturel, mais produisent une interdépendance qui s’approfondit de manière régulière. Plus remarquable encore que ce volume d’échanges, toutefois, est la structure asymétrique de la relation, établie à l’avantage de la France. En 2025, les exportations françaises vers les EAU ont atteint 9,7 milliards d’euros, tandis que les importations en provenance des EAU sont restées autour de 1,1 à 1,2 milliard d’euros. Ce tableau montre que la France dégage un excédent commercial considérable vis-à-vis des EAU et que le marché émirien est devenu un débouché stratégique pour l’économie française.

Au cœur de cette relation se trouvent en particulier les secteurs à haute valeur ajoutée. L’industrie aéronautique et spatiale occupe une position déterminante dans les exportations françaises vers les EAU. Le fait que les exportations aéronautiques et spatiales de la France vers les EAU aient atteint 4,4 milliards d’euros en 2025 montre que ce domaine est devenu l’une des colonnes vertébrales de la relation économique entre les deux pays. Les parfums, les cosmétiques, le textile, la maroquinerie et les biens de consommation de luxe sont d’autres secteurs qui soutiennent la forte présence française sur le marché émirien.

Les exportations des EAU vers la France, en revanche, se composent surtout de produits pétroliers raffinés, d’hydrocarbures et de produits métalliques. La relation économique entre les deux pays produit donc, plutôt qu’un commerce réciproque classique, une complémentarité asymétrique où des domaines de capacité différents se trouvent reliés les uns aux autres. La France offre technologie, industrie, valeur de marque, production de défense et capital culturel ; les EAU apportent énergie, capacité d’investissement, puissance financière et accès au marché du Golfe.

Dans ce cadre, le commerce n’est pas seulement le socle économique de la relation entre les deux pays. Il constitue aussi l’infrastructure d’un rapprochement stratégique plus profond. Car dans le monde d’aujourd’hui, le commerce ne se réduit pas à un flux de biens et de services. Il est également un instrument par lequel se construisent la confiance politique, les transferts de technologie, le rapprochement diplomatique et des liens géoéconomiques de long terme.

Intelligence artificielle et investissement

L’un des domaines les plus remarquables à s’être imposés récemment dans les relations franco-émiriennes est celui des investissements dans l’intelligence artificielle et les technologies avancées. L’apparition, en 2025, dans le cadre de Choose France, d’un projet de campus d’intelligence artificielle à grande échelle en région parisienne montre que le partenariat entre les deux pays a dépassé l’axe classique de l’énergie et de la défense. Ce projet, dont la première phase est estimée à 8,5 milliards d’euros et dont la mise en service est prévue à partir de 2028, vise à réunir sur un même terrain stratégique des acteurs de l’investissement basés aux EAU et l’écosystème technologique français.

Cette évolution ne doit pas être lue comme une simple opération d’investissement. L’intelligence artificielle, les centres de données, les infrastructures cloud et les technologies des puces sont devenus de nouveaux éléments de puissance dans le système international contemporain. Alors que les rapports de force entre pays se lisaient autrefois surtout à travers le pétrole, le gaz naturel, les bases militaires et les systèmes d’armes, les infrastructures de données, les algorithmes, les grands modèles de langage et la capacité de souveraineté numérique se sont aujourd’hui ajoutés à l’équation.

Pour les EAU, les investissements dans l’intelligence artificielle se situent au centre de leur stratégie de préparation à l’après-pétrole. Abou Dhabi ne veut pas rester un simple pays du Golfe enrichi par les revenus des hydrocarbures. En convertissant ses revenus énergétiques en technologie, en réseaux financiers, en industrie de défense, en énergies renouvelables et en véhicules d’investissement mondiaux, l’émirat s’efforce de devenir l’un des acteurs centraux de la nouvelle ère.

Pour la France, le capital émirien offre une opportunité importante dans la quête européenne de souveraineté technologique. Paris ne veut pas se retrouver coincé, dans le domaine de l’intelligence artificielle, entre les géants technologiques des États-Unis et de la Chine. Le capital du Golfe représente donc pour la France non seulement une ressource financière, mais un levier stratégique pour renforcer une capacité d’intelligence artificielle centrée sur l’Europe.

À ce stade, le partenariat franco-émirien révèle la nouvelle logique de l’ère technopolitique. La puissance ne se construit plus seulement dans les bases militaires ou les oléoducs et gazoducs, mais aussi dans les centres de données, les campus d’intelligence artificielle et les infrastructures numériques. La coopération entre Paris et Abou Dhabi prend forme précisément au sein de cette nouvelle architecture de la puissance.

L’industrie de défense

L’industrie de défense est l’un des domaines les plus critiques des relations franco-émiriennes. Ce domaine constitue la dimension la plus concrète et la plus institutionnalisée de la relation de confiance entre les deux pays. La présence militaire de la France aux EAU montre clairement que cette relation ne se limite pas à des contrats de défense commerciaux.

La base aérienne d’Al Dhafra, la base navale de Mina Zayed et les éléments terrestres de Zayed Military City offrent à la France un accès stratégique important sur l’axe du Golfe et de l’océan Indien. Pour la France, cette présence militaire n’est pas une politique ordinaire de bases à l’étranger. Grâce à elle, Paris obtient un espace d’action plus vaste au Moyen-Orient, dans la Corne de l’Afrique, dans l’océan Indien et sur l’axe indo-pacifique.

Cette situation est également importante pour la quête française d’un rôle mondial. Paris, qui met en avant le discours de l’autonomie stratégique au sein de l’Europe, affirme grâce à sa présence militaire dans le Golfe une ambition géopolitique plus large, qui ne se limite pas à la sécurité européenne. Les EAU, pour leur part, diversifient à travers cette relation militaire leurs partenaires de sécurité et cherchent à équilibrer leur dépendance sécuritaire centrée sur les États-Unis.

Pendant de longues années, les EAU se sont largement appuyés sur les États-Unis en matière de défense et de sécurité. Mais ces dernières années, Abou Dhabi prend davantage en compte les risques stratégiques d’une dépendance à l’égard d’une seule grande puissance. La France s’impose donc, pour les EAU, non pas seulement comme un fournisseur d’armes, mais comme un partenaire européen important qui diversifie leur architecture de sécurité.

L’un des symboles les plus forts de cette relation est l’accord Rafale signé en 2021. Ce contrat historique, par lequel les EAU se sont engagés à acheter à la France 80 avions de combat Rafale F4, a été considéré comme l’un des plus grands succès à l’exportation de l’industrie de défense française. Mais il ne faut pas voir dans cet accord une simple vente d’avions de combat. L’accord Rafale est le symbole de la confiance entre la France et les EAU, de leur partenariat de défense de long terme et de leur interdépendance dans le domaine de la sécurité.

Pour la France, cet accord démontre la compétitivité mondiale de son industrie de défense et son ambition d’être un acteur permanent dans le Golfe. Pour les EAU, il constitue un pilier important de leur stratégie de modernisation de leur force aérienne, d’approfondissement de leurs capacités militaires et de diversification de leurs partenaires de sécurité.

La quête de localisation

L’une des questions les plus importantes qui détermineront l’avenir de la relation de défense franco-émirienne est la volonté des EAU de localiser leur industrie de défense. Abou Dhabi ne veut plus être un simple client achetant des armes à l’étranger. L’émirat veut développer sa propre industrie de défense, obtenir des transferts de technologie, accroître sa capacité de production nationale et transformer son écosystème de défense en un domaine de puissance nationale.

L’essor d’entreprises de défense nationales telles qu’EDGE est l’un des indicateurs les plus clairs de cette transformation. Les EAU s’efforcent d’orienter leur puissance financière non seulement vers les importations, mais vers la construction de capacités nationales. Pour la France, cette situation crée à la fois une opportunité et un risque.

L’opportunité est évidente. Les EAU sont un pays qui consacre d’importantes ressources à son industrie de défense, qui cherche à accroître ses capacités technologiques et qui est ouvert à la construction de partenariats de long terme. Cela offre aux entreprises de défense françaises un marché important et un terrain de coopération. Mais le risque est tout aussi important. Les exigences émiriennes en matière de transfert de technologie et de production nationale pourraient, à long terme, limiter la supériorité stratégique des entreprises françaises dans la région.

Le Missile Engineering Center ouvert par MBDA à Abou Dhabi est l’un des exemples les plus remarquables de cette transformation. Ce centre montre que la relation de défense entre la France et les EAU ne se cantonne pas à la vente et à la maintenance, mais s’étend vers l’ingénierie, la technologie et le développement conjoint de capacités.

Les EAU ne sont donc plus seulement un marché qui achète des produits de défense français. Ils sont aussi un acteur qui souhaite jouer un rôle accru dans la maintenance, le développement et l’adaptation de ces technologies, et peut-être demain dans leur production.

Agriculture et sécurité alimentaire

Un autre domaine des relations franco-émiriennes, moins visible que la défense, le commerce et la technologie mais qui gagne sans cesse en importance, est celui de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. À première vue, la sécurité alimentaire peut paraître moins stratégique que l’industrie de défense ou l’intelligence artificielle. Mais le changement climatique, la sécheresse, les crises des chaînes d’approvisionnement et les guerres régionales font de l’alimentation l’un des domaines de sécurité les plus critiques du XXIe siècle.

Pour les EAU, la sécurité alimentaire est directement une question de sécurité nationale. Le climat désertique, les terres agricoles limitées, la rareté des ressources en eau et la forte dépendance à l’approvisionnement extérieur rendent la sécurité alimentaire du pays fragile. Abou Dhabi aborde donc la question alimentaire non pas seulement comme un sujet économique, mais comme une question de résilience stratégique.

La France, elle, dispose de l’une des capacités agroalimentaires les plus puissantes d’Europe. Les technologies agricoles, la production alimentaire, la logistique, l’agriculture durable, la capacité de recherche et le savoir-faire agricole accumulé font de la France un partenaire naturel pour les EAU. Le fait que la sécurité alimentaire, la recherche agricole et les opportunités de partenariat sur des marchés tiers aient été explicitement inscrites à l’ordre du jour du Dialogue stratégique France-EAU de 2026 montre que ce domaine occupe une place de plus en plus institutionnelle dans les relations bilatérales.

Ce chapitre révèle également que le partenariat franco-émirien ne se structure pas uniquement sur l’axe militaire et de la haute technologie. La sécurité alimentaire est un domaine de coopération important pour se préparer aux crises de demain, diversifier les chaînes d’approvisionnement et produire de la résilience stratégique.

Pour les EAU, la France peut être un partenaire agroalimentaire et technologique fiable. Pour la France, les EAU peuvent jouer le rôle de porte d’entrée financière et logistique vers les marchés du Golfe et du Moyen-Orient. La coopération agroalimentaire constitue donc un domaine de partenariat discret en apparence, mais stratégiquement profond.

Culture et éducation

L’une des dimensions les plus remarquables des relations franco-émiriennes est aussi la coopération dans les domaines de la diplomatie culturelle et de l’éducation. Deux institutions s’y distinguent tout particulièrement : le Louvre Abu Dhabi et Sorbonne Université Abu Dhabi. Le Louvre Abu Dhabi n’est pas seulement un musée. C’est l’un des symboles les plus puissants de la diplomatie culturelle française dans le Golfe. Pour la France, cette institution offre la possibilité d’établir un espace d’influence de long terme à travers l’art, l’histoire et le patrimoine culturel. Pour les EAU, le Louvre Abu Dhabi participe de la volonté du pays de se définir non seulement par le pétrole, la finance et les projets de construction, mais aussi par la culture, l’art et le prestige mondial.

Ici, la culture se transforme en instrument géopolitique. Un musée cesse d’être un simple lieu d’exposition d’œuvres d’art pour devenir le symbole de la manière dont les pays veulent se montrer au monde. C’est précisément en ce sens que le Louvre Abu Dhabi se situe au centre de l’architecture de soft power établie entre la France et les EAU. Sorbonne Université Abu Dhabi revêt une signification stratégique similaire. La transplantation de la tradition académique française à Abou Dhabi fait que l’influence de la France aux EAU ne se limite pas aux relations d’État à État. Un espace d’influence culturelle et intellectuelle de plus long terme se constitue, qui atteint les nouvelles générations par l’éducation. Le fait que des milliers d’élèves apprennent le français dans les écoles publiques émiriennes et que le réseau des écoles françaises du pays s’étende est un autre indicateur de cette influence culturelle. Pour la France, ces institutions représentent une présence culturelle durable dans le Golfe. Pour les EAU, elles produisent de la visibilité mondiale, une image de modernisation et du prestige international.

C’est pourquoi, dans le partenariat franco-émirien, la culture et l’éducation n’apportent pas à la relation une valeur seulement symbolique. Elles fonctionnent au contraire comme l’un des instruments les plus discrets mais les plus efficaces de production d’influence à long terme, de formation des élites et de rapprochement diplomatique.

Politique étrangère multidirectionnelle et limites du partenariat

La relation entre la France et les EAU est solide et stratifiée. Mais il serait trompeur de voir dans ce partenariat un rapprochement stratégique parfaitement sans heurts ou sans limites. Car les EAU mènent depuis quelques années une politique étrangère multidirectionnelle et souple. Abou Dhabi développe simultanément des relations, dans des domaines différents, avec les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Turquie, Israël, la Russie et les pays européens.

Cette politique étrangère multivectorielle offre aux EAU une marge de manœuvre importante. Plutôt que de dépendre d’une seule grande puissance, les EAU cherchent à tirer de différents acteurs des bénéfices stratégiques différents. Les États-Unis offrent un parapluie sécuritaire ; la Chine, des liens économiques et technologiques ; l’Inde, des relations commerciales et diasporiques ; Israël, une coopération technologique et sécuritaire ; la Turquie, un équilibre régional et un partenariat économique ; la France, enfin, des technologies de défense, du prestige culturel et un canal diplomatique vers l’Europe.

Ce tableau crée pour la France à la fois une opportunité et une limite. À travers les EAU, la France peut établir une forte présence militaire, économique et culturelle dans le Golfe. Mais la diversité de la politique étrangère émirienne fait que l’influence de la France sur ce pays ne deviendra jamais absolue. En outre, la question du transfert de technologie et de la localisation dans l’industrie de défense continuera, dans la période à venir, de constituer un sujet de négociation sensible entre les deux parties. La France voudra protéger ses technologies stratégiques ; les EAU exigeront davantage de capacités nationales, de savoir-faire d’ingénierie et de capacités de production. La relation franco-émirienne est donc un processus qui doit être géré avec soin.

Conclusion

La relation entre la France et les Émirats arabes unis est l’un des exemples les plus remarquables de la manière dont le concept de puissance est redéfini dans la géopolitique contemporaine. Il ne serait pas juste d’expliquer cette relation simplement par « la France vend des produits aux EAU » ou « les EAU investissent en France ». Il existe ici une structure plus profonde, plus stratifiée.

L’industrie de défense établit le lien de sécurité entre les deux pays. Le commerce convertit ce lien en gain économique. Les partenariats en matière d’intelligence artificielle et d’investissement portent la relation vers les nouveaux terrains de compétition de l’ère technopolitique. La sécurité alimentaire produit de la résilience stratégique face aux crises climatiques et aux crises des chaînes d’approvisionnement. La culture et l’éducation, enfin, confèrent à ce partenariat une dimension de soft power de long terme. Pour la France, les EAU sont un accès militaire au Golfe, un marché d’exportation, un partenaire d’investissement et un espace d’influence culturelle. Pour les EAU, la France est une technologie de défense, une diversification sécuritaire, un canal diplomatique vers l’Europe et une source de prestige mondial. Les relations franco-émiriennes ne se réduisent donc pas à un rapprochement économique ou diplomatique entre deux pays au sens classique. Ce partenariat propose un nouveau modèle géopolitique où s’entremêlent économie, sécurité, technologie, culture et sécurité alimentaire.

En somme, la relation entre la France et les EAU nous montre ceci : au XXIe siècle, la puissance ne se mesure plus seulement en chars, en avions, en bases militaires ou en barils de pétrole. La puissance se construit aussi par les musées, les universités, les centres de données, les campus d’intelligence artificielle, les chaînes alimentaires, les partenariats technologiques et les flux de capitaux stratégiques. Le partenariat entre Paris et Abou Dhabi est l’un des exemples les plus remarquables de cette nouvelle ère de la puissance dans le Golfe.

Sources :

Sources officielles et institutionnelles

Direction générale du Trésor. (2026, 8 juin). « Les échanges commerciaux UAE-France ». Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.

Direction générale du Trésor. (2025, 23 mai). « Choose France 2025 : le Golfe investit, la France affirme son rang ». Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.

Ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis. (2026, 6 mai). « UAE-France Strategic Dialogue Reaffirms Commitment to Advancing Shared Priorities ». Ministère des Affaires étrangères des EAU.

Ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis. « National Food Security Strategy 2051 ». Portail officiel du gouvernement des Émirats arabes unis.

Sources de presse et d’actualité

Dassault Aviation. (2021, 3 décembre). « Historical Contract for the Acquisition of 80 Rafale F4 by the United Arab Emirates ». Dassault Aviation – Communiqué de presse.

MBDA. (2025, 18 novembre). « Tawazun Council for Defence Enablement and MBDA Announce Strategic Projects to Support Localisation of Defence Technology ». MBDA – Communiqué de presse.

Reuters. (2025, 6 février). « France, UAE Agree to Develop 1 Gigawatt AI Data Centre ». Reuters.

Reuters. (2024, 21 mai). « France Open to UAE Investments in Nuclear Industry, Minister Says ». Reuters.

Reuters. (2026, 1er juin). « Major Investment Pledges at Choose France Summit ». Reuters.

Le Monde. (2025, 19 mai). « Intelligence artificielle : le français Mistral AI et le fonds émirati MGX associés dans un projet de data center géant ». Le Monde.

Le Monde. (2024, 6 septembre). « French Military Equipment Exports Down Sharply in 2023 ». Le Monde.

Le Monde. (2024, 10 janvier). « France’s Defense Industry Threatened by New Competitors ». Le Monde.     

« Our Story ». Louvre Abu Dhabi.

« About Us ». Sorbonne Université Abu Dhabi.

Fig. 1 — Pays traités dans cette analyse : France, Émirats arabes unis.

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Eren Gökdemir

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